L’exposition « On the Edge » confronte les deux types de paysages que Robert Adams est amené à observer depuis sa maison située sur la côte ouest des États-Unis. Il est fasciné par la pensée que «si l’on se tourne vers l’est, on fait face aux vestiges d’une forêt pluviale, l’une des plus belles du monde avant qu’on l’eût détruite, tandis que si l’on se tourne vers l’ouest, on contemple la mer immense. Elle n’est pas intacte, mais elle est encore belle et, comme toute beauté, contient en elle une promesse.» La juxtaposition remarquable de ces visions indissociables mais géographiquement opposées invite à nous poser les questions soulevées par l’artiste lui-même: «Sommes-nous libres d’agir selon notre désir? Devons-nous être tenus
pour responsables des conséquences de nos actes? Pourrons-nous être pardonnés?»

Dirigeant son regard vers l’ouest, Robert Adams a réalisé au début des années 90 les séries « West from the Columbia » et « Time Passes », le titre de cette dernière faisant référence à l’un des chapitres de « To the Lighthouse » (Vers le Phare) de Virginia Woolf. Ces images hypnotiques et pleines d’espoir de l’océan semblent annoncer une renaissance et une rédemption; des vagues apaisantes transportent le spectateur vers un autre espace et un autre temps. Lorsque Robert Adams s’est tourné vers l’est, une tout autre série a vu le jour. Réalisée de 1999 à 2003, « Turning Back »consiste en une étude de la déforestation et contraste violemment avec la sérénité de « West from the Columbia »et « Time Passes ».
Elle témoigne de la rapidité avec laquelle les forêts de l’Ouest américain ont disparu, un phénomène dénoncé par Robert Adams: «La pratique de la sylviculture industrielle s’appuyait et s’appuie toujours sur une méthode agressive appelée “coupe claire” qui consiste à laisser la terre presque à nu. L’expérience apporte la preuve évidente que la coupe claire aboutit finalement à l’épuisement des sols, à la déforestation et au changement climatique.» Choisies par Adams pour être présentées à la Fondation Cartier, ces trois séries reflètent précisément les pensées et les paysages qui sont actuellement au cœur de ses tourments et de ses préoccupations.

jusqu'au 27 janvier à la fondation Cartier.

www.fondation.cartier.com