Minimalisme complexe, Richard Nègre
Par Tadzio le mercredi 5 mars 2008, 18:40 - art - Lien permanent

Minimalisme complexe
Pour avoir découvert l’oeuvre de Richard Negre pour la première fois dans son
atelier, j’en ai gardé le souvenir d’un point de vue particulièrement complexe.
Pourtant le minimalisme des formes superposées par calques successifs,
accrochées au mur, me semblait affirmer la solidité de leur découpage
géométrique, tout en les dissimulant derrière la fragilité tremblante de ces
papiers translucides. Devant moi, immobilité et mouvance s’additionnaient pour
signifier leur « presque volume », et l’ambiguïté de leurs formes.
Tout dans le travail de Richard part du point, pour tracer dans l’espace, et
sur des surfaces planes, la linéarité de tracés qui évoquent ce qui se
construit et ce qui se détruit.
Grâce au papier calque, mes yeux ne peuvent complètement suivre ces parcours
rectilignes, de points d’ancrage en points de ralliement, car le trouble
inhérent à ce support, me fait aller sans assurance au delà de la surface, afin
de pouvoir me perdre en profondeur dans d’insondables contrepoints. L’artiste
peut même poser des feutres, comme des points d’attache saturés sur la relative
froideur de ces papiers éteints, mais cassants, que sont les calques. Ces
œuvres peuvent m’apparaître d’une simplicité minimaliste, tout en me troublant
par la complexité de leurs tensions et des illusions qu’elles m’offrent en me
proposant des points de vue, multipliant à l’infini les points de fuite. Et ce
n’est pas par hasard que, de points de repère en points d’impact, l’artiste qui
n’a pas oublié sa formation scientifique, me signale qu’il va planter sur le
mur quelques pointes qui vont servir de points d’appui à des cordes afin de
dessiner des formes géométriques apparemment simples, mais insidieusement
complexes, pour tracer, sur et en avant du mur, des itinéraires orientés aux
quatre points cardinaux. Ce travail « in situ » retrouvera les
installations dans la nature que Richard Nègre avait réalisées au cours de
l’année précédente. Ces « cordages » inscrivaient au sol des enclos
balisés par des sangles fluorescentes. Encore une fois, des points
d’intersection sont reliés entre eux pour tracer des repères, sans autre
fonction que de marquer des territoires d’illusion.
Ma visite dans l’atelier s’est terminée devant la projection d’un film vidéo
baptisé très pertinemment « sous l’escalier ». C’est alors que grâce
au mouvement réel de l’animation, j’ai pu faire le point sur ce que cette
oeuvre contenait, à la fois de présence immobile et de mouvance
évolutive.
Point de non retour, au point d’oublier la démarche minimaliste du point de
départ, pour ne retenir que la complexité de ce point de saturation... à tel
point que je ne peux plus échapper à cet atelier, donc à cette œuvre... point
barre !
A la galerie du Haut Pavé jusqu'au 22 mars